Rastafari : ce que le mouvement croit, porte et chante vraiment

Un drapeau rouge, or et vert claque au-dessus de la foule. Devant la scène, un homme aux longues locks ferme les yeux pendant que la basse roule. Plus loin, un ado porte un bonnet aux mêmes couleurs. Il l’a acheté sur un stand, sans trop savoir pourquoi.

Ces images, on les croise dans chaque concert reggae. On les associe vite à la fête, parfois à la fumée. Mais derrière elles se tient un mouvement spirituel né en Jamaïque. Il a son histoire, ses croyances et ses luttes.

Ce guide explique ce que veut dire rastafari et d’où vient le mouvement. Il dit aussi en quoi croient ses membres et ce que racontent ses symboles. Vous saurez comment écouter ce message, et le respecter, quand une basse fera trembler le sol. On commence par le mot lui-même.

Revoir l’affiche reggae et ragga du festival

Que signifie rastafari ?

Le titreRas

En amharique, « tête » : un haut dignitaire.

Le prénomTafari

Tafari Makonnen, futur empereur d’Éthiopie.

Novembre 1930Ras Tafari devient Hailé Sélassié Ier. Le mouvement garde son nom d’avant le trône.

Le rastafari est un mouvement spirituel et social né en Jamaïque dans les années 1930. Il voit en l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié Ier une figure divine. Son nom vient directement de cet homme.

Un nom tiré d’un titre éthiopien

Avant de monter sur le trône, Hailé Sélassié s’appelait Tafari Makonnen. Il portait le titre de « ras », qui signifie « tête » en amharique et désigne un haut dignitaire. On l’appelait donc ras Tafari.

Le 2 novembre 1930, il est couronné empereur d’Éthiopie sous le nom d’Hailé Sélassié Ier. En Jamaïque, une partie de la population noire voit dans ce couronnement l’accomplissement d’une prophétie. Le mouvement prend le nom du dignitaire devenu roi.

Rastafari, rasta, rastafarisme : quel mot employer ?

Les trois mots circulent. « Rasta » est la forme courte et familière, utilisée par les membres eux-mêmes. « Rastafari » désigne le mouvement comme la personne qui en fait partie.

Le mot rastafarisme pose davantage question. Beaucoup de rastas le rejettent, car le suffixe en « isme » transforme une manière de vivre en doctrine figée. Ils préfèrent parler de livity, c’est-à-dire leur façon de vivre leur foi au quotidien.

Ni une Église, ni un simple style

Le rastafari n’a pas d’autorité centrale ni de texte fondateur unique. Il s’appuie sur la Bible, relue depuis l’Afrique, et sur l’expérience de chacun. C’est ce qui le rend difficile à résumer en une phrase.

Ce n’est pas non plus une mode vestimentaire. Les locks, les couleurs et le vocabulaire ont un sens précis pour ceux qui les portent. C’est tout l’objet des sections suivantes.

D’où vient le mouvement rastafari ?

De Garvey à la visite du roi
1920Drapeau UNIAGarvey adopte le rouge, noir et vert.
1930CouronnementRas Tafari devient empereur.
1934Howell en prisonLe premier prédicateur est condamné.
1940Le PinnacleUne communauté rasta autonome.
1963Coral GardensHuit morts, une chasse aux rastas.
1966Visite du roiSélassié foule le sol jamaïcain.
100 000

rastas à l’aéroport de Kingston en avril 1966, selon le ministère jamaïcain de la Culture.

Le rastafari naît dans la Jamaïque coloniale des années 1930. L’île est alors sous domination britannique. La majorité de la population descend d’Africains déportés et réduits en esclavage. La misère des campagnes et des quartiers pauvres de Kingston forme le terreau du mouvement.

Marcus Garvey, l’étincelle prophétique

Tout commence avec un militant jamaïcain, Marcus Garvey. Né en 1887, il fonde l’Universal Negro Improvement Association, l’UNIA, pour l’émancipation des peuples noirs. Il prône la fierté africaine et le retour vers le continent.

Une phrase lui est attribuée par les rastas : regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné. Quand Tafari Makonnen ceint la couronne éthiopienne en 1930, beaucoup y voient la prophétie réalisée.

Leonard Howell et la communauté du Pinnacle

Les premiers prédicateurs apparaissent dans la foulée. Le plus connu s’appelle Leonard Howell, né en 1898. Il est l’un des premiers à proclamer la divinité d’Hailé Sélassié dans les rues jamaïcaines.

Les autorités coloniales le jugent dangereux. Il est emprisonné en 1934. En 1940, il fonde le Pinnacle, une communauté autonome installée à Sligoville. Les fidèles y cultivent la terre et vivent à l’écart. La police coloniale finit par détruire le lieu dans les années 1950.

Une histoire marquée par la répression

Pendant des décennies, les rastas vivent en marge. On les chasse des terres, on leur coupe les cheveux en détention, on les refuse à l’école ou au travail. L’épisode le plus sombre se produit en avril 1963, à Coral Gardens, près de Montego Bay.

La mémoire de cette répression reste vive en Jamaïque. D’après le Jamaica Observer (« Come show, don’t forget history », avril 2025), huit personnes sont mortes à Coral Gardens en 1963. Une chasse aux rastas a suivi dans toute l’île. Le gouvernement jamaïcain a présenté des excuses officielles en avril 2017 et créé un fonds d’indemnisation pour les survivants. Chaque Vendredi saint, la communauté commémore ce qu’elle appelle le « Bad Friday ».

Jamaica Observer, commémoration de Coral Gardens

1966, l’année du basculement

Le 21 avril 1966, Hailé Sélassié se rend en Jamaïque. Pour les rastas, c’est la visite du roi lui-même. Ils accourent par milliers à l’aéroport de Kingston, tambours en main.

L’accueil dépasse tout ce que les autorités avaient prévu. D’après le ministère jamaïcain de la Culture (message pour le Groundation Day, avril 2021), quelque 100 000 rastas ont rejoint l’aéroport de Palisadoes ce jour-là. La date est commémorée chaque année sous le nom de Groundation Day.

Ministère jamaïcain de la Culture, Groundation Day

Cette visite change le regard porté sur le mouvement. Les rastas, longtemps traités en parias, gagnent une forme de respectabilité. La même année, un jeune chanteur de Kingston se tourne vers la foi rasta. Il s’appelle Bob Marley.

Les croyances rastafari : Jah, Babylone, Zion et I and I

Jah

Dieu, du nom abrégé de Jéhovah.

Dans un refrain : un appel, une prière.
Babylone

Tout système qui opprime.

Dans un refrain : la chute de l’injustice.
Zion

L’Afrique, l’Éthiopie, la terre promise.

Dans un refrain : le retour aux racines.
I and I

Le nous qui relie chacun au divin.

Dans un refrain : personne n’est un objet.
3 maisonsNyabinghiBobo ShantiTwelve Tribes of Israel

Le rastafari ne tient pas dans un catéchisme. Mais quelques notions reviennent chez presque tous les rastas. Les comprendre, c’est aussi comprendre la moitié des paroles du reggae roots.

Jah, le divin au cœur de tout

Jah est le nom que les rastas donnent à Dieu. Il s’agit d’une forme abrégée de Yahvé ou de Jéhovah, le nom de Dieu dans la Bible. On l’entend dans d’innombrables refrains.

La place d’Hailé Sélassié varie selon les rastas. Pour beaucoup, il est le Dieu vivant, le messie noir. Pour d’autres, il est un messager ou un roi élu, mais pas Dieu lui-même. On ignore s’il a lui-même partagé la croyance en sa divinité. Sa mort, en 1975, n’a pas mis fin au mouvement.

Babylone, le système qui opprime

Dans le vocabulaire rasta, Babylone ne désigne pas une ville antique. Le mot nomme tout système d’oppression : l’esclavage, la colonisation, la police violente, l’argent roi. Babylone, c’est le monde qui écrase les plus faibles.

Quand un chanteur annonce la chute de Babylone, il ne parle pas de guerre. Il annonce la fin de l’injustice. C’est une image biblique, celle de l’exil du peuple hébreu, relue par des descendants d’esclaves.

Zion, la terre promise africaine

À l’opposé se tient Zion. Pour les rastas, c’est l’Afrique, et plus précisément l’Éthiopie, terre promise et terre des ancêtres. Le rêve du rapatriement traverse tout le mouvement.

Ce rêve a pris une forme concrète. Hailé Sélassié a concédé des terres à Shashamané, à environ 300 kilomètres au sud d’Addis-Abeba. Seules quelques centaines de rastas s’y installent. Pour beaucoup, le rapatriement est d’ailleurs compris de façon symbolique plutôt que physique.

I and I, le nous qui inclut chacun

Les rastas disent souvent « I and I » à la place de « je » ou de « nous ». La formule affirme l’unité entre celui qui parle, ceux qui l’écoutent et le divin. Personne n’est un simple « me », un objet.

Ce jeu sur les mots fait partie d’un parler propre, appelé iyaric ou dread talk. On y remplace par exemple « oppression » par « downpression », pour dire que l’oppression écrase vers le bas. La langue elle-même devient un geste de résistance.

Des courants différents, appelés maisons

Le mouvement se divise en plusieurs maisons, ou mansions. Trois sont les plus anciennes et les plus connues :

  • la Nyabinghi, gardienne des cérémonies et des tambours sacrés ;
  • les Bobo Shanti, reconnaissables à leurs turbans hauts et à leurs longues robes, plus proches d’une vie communautaire ;
  • les Twelve Tribes of Israel, qui ont cherché à fédérer les rastas au-delà de leurs différences.

Ces maisons partagent l’essentiel, mais pas tout. Les règles de vie ou le rapport à Sélassié peuvent différer. Parler « des rastas » au singulier reste donc toujours une simplification.

Les symboles rasta et ce qu’ils veulent vraiment dire

Symbole, puis origine
Les couleursLe drapeau de l’Éthiopie impériale, terre de Zion.
Le lionLe titre d’Hailé Sélassié, lion conquérant de la tribu de Juda.
Les locksLe vœu de naziréat, livre des Nombres, chapitre 6.
Les tamboursLes cérémonies nyabinghi, trois tambours du grave à l’aigu.
Rouge, or, vertÉthiopie impérialeLe lien avec Sélassié
Rouge, noir, vertDrapeau panafricainUNIA de Garvey, août 1920

Les symboles rasta sont partout, sur les tee-shirts, les bonnets, les drapeaux de concert. Ils ont pourtant un sens précis, souvent oublié. Le connaître évite bien des maladresses.

Rouge, or et vert : les couleurs de l’Éthiopie

Le trio rouge, or et vert reprend les couleurs de l’Éthiopie impériale, souvent orné du lion de Juda. Les rastas les portent pour affirmer leur lien avec l’Éthiopie de Sélassié. Les rastas leur donnent aussi un sens propre :

  • le rouge pour la noblesse incarnée dans le sang ;
  • le jaune, ou l’or, pour la richesse spirituelle et matérielle ;
  • le vert pour le royaume de Dieu sur Terre.

Ces lectures varient selon les rastas. L’essentiel reste le lien avec l’Éthiopie, terre de Zion.

Rouge, noir et vert : l’autre drapeau, celui de Garvey

Une confusion revient très souvent. Le drapeau rouge, noir et vert n’est pas éthiopien. C’est le drapeau panafricain, adopté par l’UNIA de Marcus Garvey le 13 août 1920, à New York.

Le rouge y figure le sang, le noir le peuple, le vert la richesse naturelle de l’Afrique. Les rastas l’utilisent aussi, en hommage à Garvey. Les deux drapeaux se croisent dans les concerts, mais ne racontent pas tout à fait la même histoire.

Chanteur reggae aux dreadlocks devant des drapeaux rouge, or et vert, symboles du rastafari

Le lion de Juda, emblème du roi

Le lion de Juda est un emblème impérial éthiopien. Le titre complet d’Hailé Sélassié s’ouvrait d’ailleurs sur la formule « par le lion conquérant de la tribu de Juda ». Il se présentait aussi comme roi des rois et élu de Dieu.

Pour les rastas, le lion de Juda symbolise la force, la dignité et la royauté africaine. On le retrouve sur les drapeaux, les pochettes de disques et les fresques des sound systems.

Les dreadlocks, un vœu plus qu’une coiffure

Les locks rasta ne sont pas un choix esthétique au départ. Elles s’appuient sur le vœu de naziréat décrit dans la Bible, au livre des Nombres, chapitre 6. Celui qui se consacre à Dieu y laisse pousser ses cheveux sans les couper.

Beaucoup de rastas comparent leurs dreadlocks à une couronne ou à la crinière d’un lion. Pour eux, les porter, c’est aussi refuser les normes de Babylone. Tous les rastas n’en portent pas, et tous ceux qui en portent ne sont pas rastas.

Les tambours nyabinghi, le cœur qui bat

Lors des cérémonies, trois tambours dialoguent, du plus grave au plus aigu. Le plus grave pose un pouls lent, les autres brodent autour. On appelle ces rassemblements des nyabinghi, ou binghi.

Le style de ces trois tambours s’est diffusé dans la musique jamaïcaine. On l’entend dans des morceaux roots parmi les plus spirituels. Il donne à ces morceaux une gravité qu’on ressent même sans comprendre les paroles.

Une éducatrice d’un foyer partenaire nous racontait la réaction d’une jeune femme sourde, lors de la dernière édition. Équipée d’un gilet vibrant, elle avait d’abord haussé les épaules. Puis la basse d’un morceau roots est arrivée, lente, profonde. Elle a posé la main sur sa poitrine et souri. Ce pouls-là, elle le sentait vraiment.

Cette sensation porte un nom au festival : les gilets vibrants en concert, qui transforment les basses en vibrations sur le corps.

Ital, ganja, reasoning : la vie rasta au quotidien

Alimentation
ItalNaturel, souvent végétal, sans additifs.
Végétal
Sacrement
GanjaHerbe sacrée, encadrée en Jamaïque depuis 2015.
2 oz
Parole
ReasoningLire, débattre, partager, sans hiérarchie.
Bible
FR

En France, le cannabis reste interdit, y compris pour un motif religieux.

Être rasta ne se limite pas à croire. C’est une façon de vivre, la livity, qui touche l’assiette, le corps et la parole. Trois pratiques en donnent une bonne idée.

L’alimentation ital, au plus près du vivant

On rapproche souvent le mot ital de « vital ». Il désigne une alimentation aussi naturelle que possible, souvent végétale, sans additifs ni conservateurs. Beaucoup de rastas sont végétariens, voire végétaliens.

L’ital va au-delà du régime. Il exprime le respect de toute vie et le refus des produits transformés par Babylone. Le degré de rigueur varie d’une maison à l’autre, et d’une personne à l’autre.

La ganja, un sacrement encadré

Pour de nombreux rastas, la ganja, le cannabis, est une herbe sacrée. Elle se partage pendant la prière et la méditation, pour élever l’esprit. On est loin de l’usage récréatif que montrent les clichés.

La Jamaïque a fini par inscrire cette dimension dans la loi. D’après le gouvernement jamaïcain (fiche sur le Dangerous Drugs Amendment Act 2015), posséder deux onces de ganja ou moins vaut désormais une simple contravention. La possession sacramentelle, dans le cadre de la foi rastafari, échappe à cette règle. La loi autorise aussi l’usage dans les lieux de culte rastas enregistrés.

Gouvernement de la Jamaïque, fiche sur la réforme de 2015

La question reste sensible. En avril 2026, le Jamaica Observer rapportait qu’un responsable rasta avait refusé une nomination de juge de paix. Il craignait de contrevenir à la loi sur le cannabis, qu’il utilise comme sacrement. En France, en revanche, la consommation de cannabis reste interdite, quel que soit le motif religieux.

Le reasoning, la parole partagée

Les rastas se réunissent pour le reasoning. On s’assoit, on lit la Bible, on discute de foi, de politique et de la vie. Chacun peut y prendre la parole.

Ces rencontres sont le principal lieu de la réflexion rasta. Elles expliquent aussi pourquoi le mouvement se transmet par la voix, la musique et la discussion plus que par les textes officiels.

Rastafari et reggae : idées reçues et bons réflexes en concert

Avant le concert, faites le triNotre réflexe pour un premier concert reggae : les paroles
Idée reçue
  1. Rasta égale fumeurLa ganja n’est ni obligatoire ni le cœur de la foi.
  2. Reggae égale rastaUne musique d’un côté, une foi de l’autre.
  3. Couleurs égale costumeLes couleurs, oui. La caricature, non.
Bon réflexe
  1. Écouter les parolesRepérer Jah, Zion, Babylon, I and I.
  2. Porter les symbolesEn sachant ce qu’ils racontent, sans fausses locks.
  3. Demander avant la photoUne personne, pas un décor de festival.

Le reggae a porté le message rasta jusqu’aux quatre coins du monde. Mais les deux ne se confondent pas. Notre article sur l’histoire du reggae raconte comment la musique et la foi ont grandi côte à côte à Kingston.

Sur une grande partie des questions qu’on reçoit à l’approche du festival, une revient sous des formes variées. Peut-on porter un bonnet rasta ou brandir un drapeau aux couleurs de l’Éthiopie ? Derrière, il y a presque toujours la même envie : participer à la fête sans manquer de respect à personne.

Trois idées reçues à laisser au vestiaire

Erreur 1 : croire qu’un rasta est d’abord un fumeur

C’est le cliché le plus tenace. La ganja a une place sacrée pour beaucoup, mais elle n’est ni obligatoire ni le cœur de la foi. Certains rastas n’en consomment pas du tout. Le cœur du rastafari, c’est la relation à Jah, la justice et la dignité africaine.

Erreur 2 : penser que tout artiste reggae est rasta

Le reggae est une musique, le rastafari une foi. Beaucoup d’artistes reggae ne sont pas rastas, en Jamaïque comme en France. D’autres le sont profondément. On ne devine pas la foi de quelqu’un à son style musical, ni à sa coiffure.

Cette distinction vaut aussi pour les styles. Le dancehall et le ragga, par exemple, abordent souvent d’autres thèmes que la spiritualité. Notre guide sur la différence entre reggae, ragga, dancehall et ska aide à s’y retrouver.

Erreur 3 : prendre les couleurs pour un déguisement

C’est l’erreur la plus contre-intuitive. Porter du rouge, de l’or et du vert n’a rien d’interdit, et beaucoup de rastas aiment voir ces couleurs à l’honneur. Ce qui blesse, c’est la caricature : fausses locks en laine, fausse fumée, accent moqueur.

Un bénévole de l’édition 2025 racontait une scène qui l’avait marqué. Un adolescent est arrivé avec une perruque à fausses dreadlocks, très fier. Un festivalier aux longues locks lui a simplement demandé s’il savait ce qu’elles voulaient dire. La conversation a duré vingt minutes. La perruque a fini dans le sac.

Trois réflexes simples pour écouter et respecter

Réflexe 1 : écouter les paroles, pas seulement la basse

La prochaine fois qu’un morceau roots passe, tendez l’oreille. Repérez les mots Jah, Zion, Babylon, I and I. Vous comprendrez soudain que le chanteur parle de foi, d’exil et de justice. Notre sélection des meilleures chansons reggae offre un bon terrain d’entraînement.

Réflexe 2 : porter les symboles, pas les clichés

Un tee-shirt aux couleurs de l’Éthiopie ou un drapeau au lion de Juda, oui, si vous savez ce qu’ils représentent. Les fausses locks et les accessoires qui tournent la foi en blague, non. Pour le reste, vérifiez les objets autorisés en festival, avant de remplir votre sac.

Réflexe 3 : demander avant de photographier

Un rasta aux locks impressionnantes n’est pas un décor de festival. Avant de le prendre en photo, demandez-lui. La plupart des gens acceptent avec le sourire. Certains refusent, et c’est leur droit le plus simple.

Nèg'Marrons, à l'affiche de L'Art de Rien en 2026, une voix du reggae, musique liée au rastafari

La scène française, héritière de ce message

En France, le reggae porte ces thèmes depuis des décennies. Justice sociale, fierté, dénonciation de Babylone : on les retrouve chez de nombreux artistes, qu’ils soient rastas ou non. Notre portrait des artistes reggae français incontournables en dresse le panorama.

Ce retour revient souvent après le festival : « Je ne savais pas que le reggae parlait autant de spiritualité. » En 2026, Nèg’Marrons, I Woks ou Dragon Davy ont fait vibrer la scène de Vitry-aux-Loges, entre roots, ragga et hip-hop. La prochaine édition aura lieu en septembre, dans le Loiret.

Suivre l’ouverture de la billetterie

Le mouvement rastafari aujourd’hui : combien de fidèles, quelle reconnaissance ?

Minoritaire en nombre, présent dans le débat public

1 %Recensement 2011

des Jamaïcains se déclaraient rastas, sans doute sous-évalué.

2017Excuses officielles

pour Coral Gardens, avec un fonds pour les survivants.

2023Locks à l’école

les élèves rastas n’ont plus à les couvrir.

2026Titres fonciers

remis aux victimes de Coral Gardens.

Sources : Département d’État américain, rapport 2023 publié en juin 2024, et Jamaica Observer, novembre 2012, avril 2025 et avril 2026.

Le rastafari n’est pas un souvenir des années 1970. Il continue d’évoluer, en Jamaïque comme dans la diaspora. Ses combats d’aujourd’hui portent sur la reconnaissance, la mémoire et la fin des discriminations.

Un mouvement minoritaire mais très visible

Le rastafari pèse bien plus dans l’imaginaire mondial que dans les statistiques. En Jamaïque, il reste une minorité.

Les chiffres officiels sont anciens et sans doute incomplets. D’après le Département d’État américain (2023 Report on International Religious Freedom: Jamaica, 2024), environ 1 % des Jamaïcains se déclaraient rastas en 2011. Ce recensement reste la donnée la plus récente. Ce chiffre est sans doute sous-évalué : en 2012, un spécialiste jamaïcain du mouvement estimait que beaucoup de rastas boudaient les recenseurs.

Département d’État américain, rapport 2023 sur la liberté religieuse en Jamaïque et Jamaica Observer, recensement de 2011

Hors de Jamaïque, le mouvement s’est diffusé en Afrique, en Europe et dans les Caraïbes. Il n’existe pas de recensement mondial fiable. Le reggae a fait connaître ses symboles bien au-delà du nombre réel de fidèles.

Des droits gagnés pas à pas

Les avancées récentes restent concrètes et modestes. En septembre 2023, le ministère jamaïcain de l’Éducation a publié une politique nationale sur la tenue des élèves. Elle supprime l’obligation pour les élèves rastas de couvrir leurs locks à l’école.

Le même rapport américain note que les rastas jamaïcains constatent une acceptation croissante de leurs pratiques. Il relève pourtant des discriminations persistantes à l’embauche et à l’école, surtout en zone rurale.

Coral Gardens, une réparation qui se poursuit

La mémoire de 1963 reste au cœur des revendications. Le Vendredi saint 2026, une cérémonie s’est tenue à Albion, dans la paroisse de St James. Des titres fonciers y ont été remis à l’association des victimes de Coral Gardens. Le geste s’inscrit dans le processus de réparation engagé par l’État jamaïcain.

Parmi les familles qu’on accueille régulièrement, un grand-père originaire de la Jamaïque s’est un jour arrêté devant un stand de bonnets rasta. Il a raconté à ses petits-enfants que, jeune, porter ces couleurs pouvait coûter un emploi. Les enfants ont écouté sans un mot. Puis ils ont choisi un bonnet, en sachant pourquoi.

Vos questions les plus fréquentes sur le rastafari

Le rastafari est-il une religion reconnue en France ?

La question ne se pose pas tout à fait ainsi. Depuis la loi de 1905, la République française ne reconnaît officiellement aucun culte, qu’il s’agisse du christianisme, de l’islam ou du rastafari. Chacun est libre de pratiquer sa foi, dans le respect de la loi commune. Les rastas de France vivent donc leur spiritualité comme n’importe quels croyants, à travers des rencontres, des reasonings et la musique.

Faut-il fumer de la ganja pour être rasta ?

Non. La ganja occupe une place sacrée dans de nombreuses pratiques, mais elle ne définit pas l’appartenance au mouvement. Certains rastas n’en consomment jamais et vivent leur foi par la prière, l’alimentation ital et le partage. Être rasta tient d’abord au lien avec Jah et à une manière de vivre. En France, rappelons-le, le cannabis reste illégal, y compris pour un usage religieux.

Les rastas mangent-ils de la viande ?

Cela dépend des personnes et des maisons. L’idéal ital pousse vers une alimentation végétale, naturelle et sans additifs. Dans cette logique, la chair animale est vue comme un poison qui nourrit l’agressivité. Beaucoup de rastas sont donc végétariens ou végétaliens, mais le degré de rigueur varie d’une personne à l’autre. Si vous recevez un ami rasta, le plus simple reste de lui demander ce qu’il mange, sans supposer qu’il suit un régime ital strict.

Peut-on porter des dreadlocks sans être rasta ?

Oui, et c’est très courant. Les cheveux tressés ou emmêlés existent dans de nombreuses cultures et à de nombreuses époques, bien avant la Jamaïque. Ce qui compte, c’est le sens qu’on leur donne et le respect qu’on montre. Porter ses propres locks ne pose pas de problème. Les fausses dreadlocks utilisées comme accessoire de déguisement, accompagnées de clichés, sont en revanche souvent vécues comme une moquerie par les rastas.

Hailé Sélassié était-il rasta lui-même ?

Non. Hailé Sélassié était un souverain chrétien, qui se présentait comme le 134e dirigeant chrétien de l’Éthiopie. En 1965, les patriarches des Églises orthodoxes orientales l’ont même salué comme défenseur de la foi. Il ne s’est jamais revendiqué du mouvement qui le vénérait. C’est l’un des paradoxes du rastafari : sa figure centrale appartenait à une autre tradition, sans que la foi de ses fidèles en soit entamée.

Rastafari : une foi à comprendre avant de la chanter

Prochaine édition, en septembre

Le message se lit. La basse, elle, se vit ensemble.

Vitry-aux-LogesLoiret, 45530
30 mindepuis Orléans
Depuis 2004Art Prime, l’inclusion par l’art

Derrière le rouge, l’or et le vert, il y a une histoire de dignité arrachée à l’esclavage et à la colonisation. Derrière les locks, un vœu. Derrière les refrains sur Babylone, un cri contre l’injustice. Le rastafari est tout cela à la fois, et bien plus qu’un décor de concert.

Public de nuit devant la scène du festival L'Art de Rien, où le reggae porte le message rastafari

Le comprendre ne change pas seulement votre écoute du reggae. Cela change aussi votre façon d’être au milieu de la foule. À L’Art de Rien, chacun vient comme il est, avec ses couleurs, sa foi ou son absence de foi. Ce qui compte, c’est le respect partagé devant la scène.

Découvrir l’esprit du festival

Écrit par Alan Chevereau, consultant SEO et GEO (Heroic Impulsion). Il a rédigé et optimisé ce contenu pour festival-art-de-rien.fr, où il accompagne bénévolement l’association Art Prime. Recherche et vérification des sources : octobre 2026. Profil LinkedIn

Sources