Il y a un moment, chaque année, où la basse d’un morceau de reggae fait vibrer un pré du Loiret et où trois générations se mettent à bouger en même temps. Un grand-père qui reconnaît un refrain de 2000, un ado qui l’a découvert sur une playlist, un enfant qui tape dans ses mains sans savoir pourquoi. Ce moment-là, peu de groupes savent le provoquer. Les Nèg’Marrons, si.
Beaucoup connaissent un titre, souvent le même, sans savoir qui se cache derrière. D’où vient ce nom ? Pourquoi ce mélange de rap et de reggae si particulier ? Qui sont vraiment Jacky et Ben-J ? On passe à côté d’une histoire dense, populaire, profondément française, et pourtant reliée à la Jamaïque, à l’Afrique et aux Antilles.
Ce portrait vous raconte le groupe pour de vrai. Pas une fiche recopiée, mais un parcours incarné, avec ses racines, ses tournants et ce qui fait que leur musique tient toujours debout aujourd’hui. De quoi arriver au prochain concert en sachant qui vous allez voir.
Au sommaire de ce portrait
Plongez dans l’univers reggae du festival
D’où vient le nom Nèg’Marrons, et pourquoi il compte
Le mot
« Nègre marron »
L’expression désignait les esclaves en fuite qui refusaient la soumission et gagnaient les hauteurs pour vivre libres.
L’intention
Une mémoire choisie
En prenant ce nom, le duo pose une idée de liberté et d’origines. La fête, mais jamais sans le fond.
Le nom n’a rien d’anodin. Il vient de l’expression « nègre marron », qui désignait les esclaves en fuite à l’époque coloniale, ceux qui refusaient la soumission et gagnaient les hauteurs pour vivre libres. Choisir ce nom, c’est poser une intention dès le départ.
On tient là une clé de lecture du groupe. Derrière l’énergie festive, il y a une mémoire. Celle des Antilles, de l’Afrique, des quartiers populaires de banlieue parisienne. Le duo n’a jamais séparé la fête du fond. On danse, mais on sait pourquoi on chante.
Une identité à trois racines
Les membres viennent d’horizons différents et l’assument comme une richesse. Jacky Brown a des origines cap-verdiennes, Ben-J des origines congolaises, et Djamatik, présent aux débuts, des origines martiniquaises. Cette diversité n’est pas un décor. Elle se retrouve dans les sonorités, les thèmes, les langues qui se croisent dans les morceaux.
Ce brassage explique pourquoi leur musique parle à autant de monde. Elle n’appartient à aucune case unique. Elle circule entre le reggae jamaïcain, le rap français et les musiques créoles, sans jamais renier une seule de ces sources.
Garges, le Secteur Ä et les débuts d’un duo
Chronologie des débuts
De Garges à la bande originale
Tout commence à Garges-lès-Gonesse, dans le Val-d’Oise, au milieu des années 90. Jacky arrive dans le quartier à dix ans, croise Ben-J, et une amitié se noue qui dure encore aujourd’hui. Avec Djamatik, ils montent un premier projet baptisé Ragga Dub Force. Le socle est posé bien avant le premier disque.
Le vrai déclencheur arrive en 1995. Le film Raï de Thomas Gilou se tourne dans leur ville. Le trio enregistre quelques morceaux, dont le titre La monnaie, qui se retrouve sur la bande originale. C’est la première rencontre avec le grand public.
Les représentants reggae d’un collectif mythique
Les Nèg’Marrons ne surgissent pas de nulle part. Ils sont la branche reggae et dancehall du Secteur Ä, le collectif de Garges-Sarcelles qui a révélé Doc Gynéco, Passi, Stomy Bugsy, Lino et d’autres. Comprendre cette appartenance, c’est comprendre leur crédibilité dans le rap français.
Au sein de ce collectif, chacun avait sa couleur. Certains portaient le rap pur, d’autres le RnB. Le duo, lui, incarnait le son système, la vibration reggae, le pont vers la Jamaïque. Une position singulière qui leur a permis de toucher un public bien plus large que la seule scène rap.
Rue case nègres, Le Bilan : les albums qui ont tout changé
Trois disques, un tournant
1997
Rue case nègres
Premier album, enregistré à Londres. Disque d’or.
12000
Le Bilan
Le duo continue sans Djamatik. Un classique naît.
22003
Héritage
Collaborations dancehall jamaïcaines, titres à succès.
3Le morceau Le Bilan a été certifié disque de platine en 2023, plus de vingt ans après sa sortie.
En 1997 sort le premier album, Rue case nègres, dont le titre est tiré du film culte d’Euzhan Palcy. Enregistré à Londres avec une section rythmique jamaïcaine, il décroche le disque d’or. Le groupe existe désormais pour de bon, au-delà d’un single de BO.
Puis vient le tournant. Djamatik quitte l’aventure pour une carrière solo. Jacky et Ben-J continuent à deux et publient en l’an 2000 l’album Le Bilan, produit par le claviériste jamaïcain Tyrone Downie. Le morceau-titre devient un classique absolu du reggae francophone.
Un classique qui traverse les époques
Le Bilan n’est pas seulement un tube. C’est un morceau qui a été certifié disque de platine en 2023, plus de vingt ans après sa sortie. Peu de chansons françaises tiennent ce niveau sur une telle durée.
Ce détail dit quelque chose d’essentiel sur le groupe. Leur musique ne se démode pas parce qu’elle repose sur des fondations solides : un refrain qui reste, un propos qui parle, une production qui a du corps. C’est exactement ce genre de titre qui déclenche l’unanimité sur un site de festival, du plus jeune au plus âgé.
Comprendre pourquoi le reggae rassemble autant
Un style qui fait le pont entre le rap et le reggae
La signature du duo
Ni rap déguisé en reggae, ni reggae qui singe le rap. Un vrai métissage.
Les couplets
Scandés, hérités du rap français et de la culture du Secteur Ä.
Les refrains
Chantés sur des rythmiques reggae et dancehall venues de Jamaïque.
La signature Nèg’Marrons tient dans un équilibre rare. Ni rap déguisé en reggae, ni reggae qui singe le rap. Un vrai métissage, où les couplets scandés côtoient les refrains chantés, où la basse jamaïcaine porte des textes de banlieue française.
Ce mélange était loin d’être évident à l’époque. Beaucoup opposaient les genres. Le duo a prouvé qu’on pouvait les faire dialoguer sans trahir ni l’un ni l’autre. C’est cette fusion qui explique leur place à part dans le paysage musical.
Des textes qui dansent et qui disent
Une idée reçue voudrait qu’une musique festive soit forcément légère. Chez les Nèg’Marrons, c’est faux. Leurs morceaux abordent les inégalités, le parcours, la fierté des origines, tout en restant dansants. Le message ne casse jamais l’énergie, et l’énergie ne noie jamais le message.
Cette double lecture est précieuse pour un festival comme le nôtre. On peut venir pour bouger, on repart parfois avec autre chose en tête. C’est aussi ce qui fait tenir une programmation sur la durée : des artistes qui offrent plusieurs niveaux d’écoute.
Un groupe toujours vivant, pas une nostalgie
La preuve par les faits
Plus de 30 ans
De complicité entre Jacky et Ben-J, amis d’enfance.
Un classique
Le Bilan fêtait ses 25 ans en 2025, toujours joué.
Nouvel album
Un opus éponyme de 15 titres sorti en juillet 2025.
Un groupe qui enregistre encore, ce n’est pas un album souvenir sur scène.
Voici l’erreur la plus fréquente à leur sujet : les ranger au rayon des souvenirs. Ce serait passer à côté de la réalité. Le duo n’a jamais vraiment quitté la scène, et son actualité récente le confirme. En juillet 2025, Jacky et Ben-J ont sorti un nouvel album éponyme, prolongé par le Grand Bilan Tour qui remplit les salles.
Un bénévole de l’édition 2025 le résumait bien après un concert reggae : les artistes qui marquent le plus ne sont pas toujours les plus récents, ce sont ceux qui savent encore faire lever un public en trois notes. Les Nèg’Marrons appartiennent à cette catégorie.
Trois choses à retenir avant de les voir sur scène
Pour arriver au concert en connaisseur, gardez ces repères en tête. Ils changent la façon d’écouter.
Le mémo du festivalier
01
Le nom porte une histoire : derrière la fête, une mémoire de liberté et d’origines.
02
Le duo vient du Secteur Ä, dont il représente la couleur reggae.
03
Leur set mêle classiques intemporels et morceaux récents : jamais un simple album souvenir.
Ce qui revient souvent chez les festivaliers qui les découvrent en live : la surprise de connaître plus de refrains que prévu. Leurs titres ont infusé la culture populaire au point qu’on les fredonne sans toujours savoir d’où ils viennent.
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Vos questions les plus fréquentes sur les Nèg’Marrons
Les Nèg’Marrons, c’est du rap ou du reggae ?
Les deux, et c’est justement leur singularité. On parle d’un groupe de ragga français qui fait le pont entre le rap et le reggae. Les couplets sont souvent scandés comme dans le rap, les refrains chantés sur des rythmiques reggae et dancehall. Cette fusion, revendiquée dès leurs débuts, leur a permis de toucher un public bien plus large que celui d’un seul genre.
Qui sont les membres du groupe aujourd’hui ?
Le groupe fonctionne en duo depuis l’an 2000, avec Jacky Brown et Ben-J. À l’origine, ils étaient trois, avec Djamatik, parti mener une carrière solo après les premiers projets. Jacky et Ben-J sont amis d’enfance, rencontrés à Garges-lès-Gonesse, et travaillent ensemble depuis plus de trente ans. C’est cette complicité longue durée qui donne au groupe sa cohérence sur scène.
Que signifie exactement le nom Nèg’Marrons ?
Le nom vient de l’expression « nègre marron », qui désignait autrefois les esclaves en fuite refusant la servitude. En le choisissant, le groupe revendique une mémoire et une idée de liberté. Ce n’est pas un simple nom de scène accrocheur : c’est une prise de position sur les origines et l’histoire, qui éclaire le fond de nombreux morceaux derrière leur énergie festive.
Quel est leur morceau le plus connu ?
Sans hésiter, Le Bilan, sorti en l’an 2000. Ce titre est devenu un classique du reggae francophone, au point d’être certifié disque de platine en 2023, plus de vingt ans après sa sortie. Il repose sur un riddim jamaïcain adapté avec l’humour et le style du duo. C’est souvent par ce morceau que le public les identifie, toutes générations confondues.
Le groupe est-il toujours en activité ?
Oui, pleinement. Loin d’être un groupe du passé, le duo continue d’enregistrer et de tourner. En juillet 2025, les Nèg’Marrons ont publié un nouvel album éponyme, suivi d’une longue tournée. Les voir en festival aujourd’hui, ce n’est donc pas assister à un simple hommage à leurs anciens succès, mais à un vrai groupe vivant qui alterne classiques et morceaux récents.
Un groupe à découvrir ou redécouvrir, en vrai
Le mot de la fin
Les découvrir sur le papier, c’est bien. Les vivre en concert, c’est autre chose.
Trente ans de complicité, un pan entier du reggae français construit pierre après pierre, sans jamais couper le lien avec ses racines. Leur musique prend une autre dimension quand elle est portée par un public mélangé, exactement le genre de public qu’on aime réunir.
Résumer les Nèg’Marrons à un tube serait injuste. C’est un duo qui a construit, pierre après pierre, un pan entier du reggae français, sans jamais couper le lien avec ses racines ni renoncer à faire danser tout le monde. Trente ans de complicité, ça ne s’improvise pas sur scène.
Les découvrir sur le papier, c’est bien. Les vivre en concert, dans un cadre convivial et ouvert à tous, c’est autre chose. Leur musique prend une autre dimension quand elle est portée par un public mélangé, exactement le genre de public qu’on aime réunir. Pour prolonger, jetez un œil au reste de la programmation de cette édition, vous verrez qu’ils y sont très bien entourés.
Alan Chevereau
Consultant SEO, il a rédigé et optimisé ce portrait pour festival-art-de-rien.fr. Son travail éditorial vise à rendre la programmation et l’univers du festival L’Art de Rien lisibles, fiables et vivants, au service des festivaliers comme des curieux qui découvrent les artistes.
Sources
- Wikipédia, biographie, formation, membres et discographie du groupe
- Reggae.fr, parcours et repères du groupe dans le reggae français
- Talowa, biographie de scène du duo et origine du nom par Ben-J
- Culturbaine, retour sur scène et certification du morceau Le Bilan
- Reggae.fr, sortie du nouvel album éponyme et actualité du groupe
Note : selon la situation, certaines valeurs peuvent varier.